Nos envies de piste nous tenaillent depuis quelques temps. Quelques passages timides dans les Andes vénézuéliennes (l'occasion pour Lulu de son baptême de piste de niveau 1), le tour du volcan Imbabura en arrivant en Équateur, là encore du niveau 1 : une route pavée de gros galets plus ou moins gros et avec quelques séries de trous en prime puis un chemin plus étroit avec quelques passages un peu glissants.

Mais tout cela reste timide. Quelques jours plus tard, depuis le village de Cayembe, il semble possible de rejoindre le refuge du volcan du même nom, soit Cayembe (5790m). Le refuge lui, est à 4600m. Grosse question pour la carburation des motos. Va-t-on devoir régler, voire bidouiller les carbus ce qui veut dire pour l'AT enlever le réservoir, donc la selle et les caches-latéraux, donc le top-case (qui bloque la selle), la tente sanglée sur la selle et la valise gauche qui empêche l'accès }a la serrure de la selle... Pour changer les 4 bougies il faut démonter le réservoir d'huile, pour les carbus je ne sais pas encore. Pour le DR, comme d'hab, les choses sont plus simples.

Bon test aussi sur la piste que l'on va trouver et sur notre capacité TT avec le chargement au complet. D'abord il a fallu trouver la route vers le volcan. Après trois détours, une bonne vingtaine de kilomètres et une heure d'hésitations, nous nous élançons enfin dans la bonne direction. Il faut bien choisir ses cibles quand on demande son chemin.

D'abord la gérante de l'hôtel qui nous donne une direction approximative et nous parle d'un village "Montalvo" qui ne sera bien sûr indiqué nulle part. Des flics en ville la deuxième fois, parce que les premières indications n'étaient pas suffisantes pour sortir de la ville : "direction Quito"... Ben avec ça c'est précis, on est certain d'atteindre Quito, mais pour le volcan, faut voir! D'autres flics au péage sur la route de Quito nous apprennent qu'on est allé trop loin. "A Montalvo!" Ben voyons, c'est pourtant simple. Un peu plus loin, un mec qui descend du bus : "hop là mon brave, Montalvo ? Ah c'est pas ici ?" Oui enfin ça on savait, mais où ? Un peu plus loin donc, sur la route un vague chantier de route, quelques maisons et un gamin en vélo, zou, on charge le gamin! J'enlève lunettes de soleil et foulard sur le nez pour ne pas l'effrayer. Montalvo : "es aqui ?" Et bien bingo, c'est là! Euh alors en fait, c'est le volcan Cayembe que l'on cherche... Et bien c'est simple "arriba, arriba" et quand on tombe sur une intersection douteuse, il faut trouver quelqu'un, quitte à suivre le mauvais chemin et revenir en arrière, ce qui nous donne l'occasion de brefs contacts avec les gens des montagnes, tous en habits traditionnels.

La route devient piste de terre, puis de cailloux et ça monte, ça monte. Des lacets de plus en plus serrés, des nuages, de moins en moins de végétation. Les motos peinent. Nous pas trop mais vient un passage délicat : 5 0m de gros blocs en dévers et forte montée à flanc de montagne. Les motos gigotent, ruent. Surtout ne pas couper les gaz mais on ne peut pas trop accélérer non plus. Le rodéo s'achève enfin et l'accès vers le volcan devient plus normal.4600m, le refuge est fermé.
Tant pis pour nos envies de nuit dans les étoiles. Mais le glacier est bien là. Une p'tite photo et zou le retour...et...la descente!

Et là avec l'AT, le fameux passage difficile devient franchement acrobatique. la moto pèse de tout son poids (et de celui des bagages) sur la roue avant qui est prise de convulsions en passant sur les gros cailloux. J'agite mes grands bras musclés pour essayer de contrôler quelque chose mais zlapaf! Je suis pris de vitesse et d'angle et me retrouve pris entre les cailloux et la moto bêtement affalée sur le côté et sur ma cheville...

 Attendant sagement et prudemment ma tentative, Lulu s'est arrêté au loin. Ne me voyant pas me relever, elle cherche frénétiquement à béquiller sa moto, et finit par la lâcher dans le fossé et entreprend de courir vers moi. Essoufflée par sa course (ben oui, même en descente à 4500m, faut avoir la forme !), elle arrivera tout de même à soulever suffisamment l'AT pour que je dégage mon pied meurtri. C'est finalement avec l'aide d'un guide arrivé pile poil en 4x4 et sous les encouragements silencieux de ses deux clients-touristes américains que nous relèverons le monstre marin pour terminer la descente.

Sous l'effort violent que demande le sauvetage, le valeureux guide équatorien lâchera un pet d'anthologie, probablement retenu depuis de longues heures dans le 4x4... Mébon il est tout pardonné.

Quant au DR, Lulu me laissera gentiment le soin de la descendre... Pour ne pas me laisser sur un échec sans doute!